pallasathena55:

Un scandale ! Un véritable scandale, avec cris, fureurs, protestations et manifestations un peu partout en Belgique. Voici ce que causa en 1936, la sortie sur les écrans du chef-d’œuvre de Jacques Feyder, La Kermesse Héroïque. Les spectateurs belges hurlèrent à la trahison, les journaux réclamèrent son interdiction, les députés même s’empoignèrent sur le sujet. Les critiques lui décernèrent pourtant de nombreux prix et les historiens du cinéma y virent plus tard un grand moment de septième art. Qu’en penser ?

1616. Les Pays-Bas méridionaux, passés sous la couronne d’Espagne depuis l’abdication de Charles-Quint, sont englués dans une guerre perpétuelle. Les fiers Flamands refusent de se soumettre à la dure férule de leur souverain, le très catholique et rigide roi Philippe II. La contrée est ravagée par les sièges, les escarmouches, les batailles et les prédations de l’occupant espagnol. Au beau milieu de ces horreurs, la petite ville de Boom s’apprête à fêter sa kermesse annuelle. Les préparatifs vont bon train, lorsque soudain, un message vient apporter au bourgmestre une nouvelle imprévue, qui laisse les honnêtes bourgeois de Boom atterrés : Sa Grandeur le duc d’Olivares,  ambassadeur d’Espagne, et sa suite armée passeront la nuit dans la ville.

La panique gagne tout Boom. Le bourgmestre, pour sauver sa tête, décide de jouer le mort et s’allonge sans plus attendre sur un lit funèbre. Avant de fermer les yeux, il conseille à tous les hommes d’agir comme lui. Révoltée par sa lâcheté et sa couardise, son épouse décide de prendre les choses en mains. Aidées de ses consœurs, elle organise un accueil fastueux et chaleureux pour le duc. Les quiproquos s’enchaînent, les épouses se laissent prendre aux charmes des officiers espagnols, le bourgmestre en ressuscite, tandis que l’ambassadeur de Sa Majesté fait assaut d’amabilités auprès de son épouse. Au matin, le duc d’Olivares et sa suite reprennent la route, laissant d’impérissables souvenirs derrière eux.

Mais alors ce scandale ? Quatre-vingt ans plus tard, on a beau le chercher, l’attendre, scruter la pellicule et les dialogues, l’on ne voit rien venir… Apparemment, les spectateurs belges de 1936 auraient reproché au réalisateur d’avoir présenté les hommes comme des pleutres et des couards et les femmes comme des séductrices et des collaboratrices. Le mot est lâché : la collaboration ! Celle de La Kermesse Héroïque évoquant, selon ses sycophantes, celle des Flamands durant la Première Guerre Mondiale et l’occupation du pays par les Allemands. Jacques Feyder aura beau s’en défendre, son film traînera à jamais ce sceau d’infamie.

Curieux, curieux, car j’y ai vu, quant à moi, une excellente comédie, une bouffonnerie truculente et une fort intéressante reconstitution historique. L’esthétique rend hommage à la peinture flamande de cette époque, Jean Brueghel y tenant même un rôle secondaire. Bref, je me suis fort diverti sur mon canapé et  n’ai eu d’yeux que pour la géniale Françoise Rosay, la meilleure actrice de son temps, renversante dans son rôle d’épouse du bourgmestre. C’est d’ailleurs à la manière du Lysistrata d’Aristophane que j’ai lu et compris La Kermesse Héroïque. Face à la forfanterie des hommes, il ne reste plus aux femmes qu’à prendre le pouvoir et à diriger, de façon mille fois plus subtile et compétente, les affaires du monde. Qui n’aura compris encore que j’étais un féministe ?

2 notes

bouletcorp:

"Henri de Toulouse-Lautrec"

272 notes

thefluffingtonpost:

Mailman Battles Cat in Epic Showdown

Most mail carriers know how to deal with a wayward pet, but rarely does that pet fall outside of the canine family. It’s a little known fact that cats also have a decades long feud going with mail carriers.

Watch the video above as a mailman matches wits with a feisty feline.

H/T: Tastefully Offensive.

330 notes

Bonne année à tous, merci à ceux qui me l’ont déjà souhaité , pleins de bonnes choses pour 2014,et des bisous sous le gui!

pallasathena55:

Les Fêtes de Fin d’Année approchent, qui vont inévitablement plonger dans l’angoisse, les plus asociaux et misanthropes d’entre nous. Déjà ils sentent leurs jambes trembler et leur cœur battre à tout rompre à la perspective de ces obligations socio-familiales.

Ayons de même une pensée émue pour tous ceux que la Nature et le Destin ont pourvus d’une famille dysfonctionnelle. Ils passeront Noël et le Nouvel An à s’écharper avec leurs plus proches parents, vidant ainsi de vieilles querelles recuites entre la dinde et les marrons.

Seuls les riches s’en tireront à bon compte, en fuyant dans leur résidence secondaire, à la mer, à la montagne ou à la campagne. Voire en mettant un ou deux océans (on n’est jamais trop prudent) de distance entre eux et leurs obligés.

C’est un peu cela dont nous parle Vita Sackville-West dans Plus jamais d’invités ! Bien sûr, l’action n’est pas spécifiquement située durant les réveillons.  L’auteur envisage plutôt ces incontournables parties de campagne, qui formaient la toile des week-ends de la gentry anglaise.

Nous sommes ici replongés dans les années 50, à Pâques. Rose Mortibois invite sa sœur et sa famille, ainsi que son beau-frère et une amie célibataire à passer quelques jours dans sa somptueuse propriété d’Anstey. Ce petit monde a les apparences de l’innocence. Pourtant chacun cache des secrets mortifères… qui ne vont pas tarder à mettre de l’ambiance autour de l’agneau pascal !

Sackville-West conserve son style élégant, ses tournures élaborées, son sens subtil et raffiné pour décrire une situation psychologique pourrie jusqu’à la moelle. Sous la glace des âmes, elle nous fait distinguer la pierre des cœurs. D’ailleurs, le seul personnage qui parvient à se faire aimer inconditionnellement est Svend, un berger allemand. Il finira mal, forcément.

Le lecteur verse obligatoirement une larme à la dernière page d’un Sackville-West. Attention ! Une larme distinguée, qu’il écrasera de façon non moins distinguée dans un mouchoir tout aussi distingué. Plus jamais d’invités ! n’est donc pas exactement le livre qu’il convient de glisser sous le sapin…

A moins bien sûr que vous n’ayez décidé de faire sauter la baraque et souhaitiez trouver un prétexte quelconque pour déclencher une Troisième Guerre Mondio-Familiale… 

6 notes

bouletcorp:

"Il n’y a pas de petites victoires."

bouletcorp:

"Il n’y a pas de petites victoires."

320 notes

pallasathena55:

Quatre mois, bientôt quatre mois que mon purgatoire cinématographique se prolonge, s’étire, tend vers l’infini. Presque quatre mois que je suis privé de ma drogue, de mon vice, de ma danseuse. Quatre longs mois que je n’ai plus mis les pieds dans un cinéma, quatre interminables mois que je n’ai pu me rendre à la Cinematek.

Heureusement qu’il y a YouTube pour me soutenir le moral, YouTube et ses films tombés dans le domaine public, qu’il est possible de visionner depuis ses lieux d’exil. Parmi les meilleurs vus ces quatre derniers mois, rappelons La Femme Au Portrait (http://youtu.be/e0I6df4MNDU), L’Enfant Du Diable (http://youtu.be/v6hjg0WLKdA), Deux Mains La Nuit (http://youtu.be/WtsHKMQ6048), L’Héritière (http://youtu.be/NHK_rw9RNBs) et Rebecca (http://youtu.be/7cf0-GsXDzI).

Aujourd’hui, un autre classique : Une Soirée Étrange, de James Whale, sorti en 1932, produit par Carl Laemmle Jr. et qui s’inscrit dans la série des films d’épouvante conçus par les studios Universal au début des années 30. Une Soirée Étrange est à rapprocher de La Volonté Du Mort (http://youtu.be/ePhpx9kKa0s), avec lequel il partage le parti pris de mêler horreur et humour, rires et cris, meurtres et gags. Un genre fort populaire à l’époque, mais qui a terriblement mal vieilli, alors que les films d’épouvante pure qui leur étaient contemporains sont demeurés frais comme des cadavres à peine placés dans leur caveau (cf. Dracula, Frankenstein, La Momie, etc.).

 Une Étrange Soirée débute par l’arrivée de cinq étrangers dans une vieille bâtisse isolée du Pays de Galles, alors que la région est balayée par un violent orage. Ils sont accueillis par un étrange personnage, sa non moins étrange sœur et leur fort sinistre majordome. Les choses empirent lorsque ce dernier s’abandonne à l’alcool et délivre de ses liens le frère cadet de ses patrons, un dangereux schizophrène, pyromane à ses heures. 

Le scénario concilie difficilement l’épouvante et la comédie et finit par s’échouer sur la grève du non-sens absolu. Et pourtant, Une Étrange Soirée est à voir pour sa remarquable distribution. Melvyn Douglas est ici au début de sa longue carrière d’acteur-séducteur, à la fine moustache. Dans sept ans, il fera rire Garbo et dans quarante-huit, il sera le substitut de L’Enfant Du Diable. Charles Laughton s’offre son tout premier rôle hollywoodien, quatre ans après ses débuts. Un an plus tard, il obtiendra son premier oscar et jouera le mythique Dr. Moreau dans L’Île du Dr. Moreau. Boris Karloff rempile pour un nouveau rôle mutique, après celui du Monstre de Frankenstein. La même année, il éclate à l’écran dans La Momie et Le Masque De Fu ManchuGloria Stuart est ici au sommet de sa carrière, un an avant d’entrer dans la légende grâce à L’Homme Invisible et quarante-cinq ans avant de rentrer à nouveau dans la légende grâce à Titanic. Oui, c’est bien elle qui interprète une Rose vieillie et qui jette le diamant dans l’océan à la fin, le véritable naufrage du film.

La mention spéciale revient à Elspeth Dudgeon, actrice inconnue, engagée pour jouer le patriarche de la famille maudite, une momie vivante de cent-deux ans. Les producteurs n’avaient trouvé aucun acteur suffisamment âgé pour le rôle. Et c’est Elspeth, soixante-et-un ans, grimée comme La Momie, qui avait dû s’y coller…

3 notes